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Perspectives

Babacar Korjo Ndiaye · sam. 8 févr. 2025 · 3min de lecture

Birame Souleye, un ministre en roue libre et l’art du faux pas magistral (opinion)

Birame Souleye, un ministre en roue libre et l’art du faux pas magistral (opinion)
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Notre ministre possède un talent rare : celui de toujours dire ce qu’il ne faut pas, au moment où il ne faut pas, avec une assurance qui force l’accablement. Bientôt, il ne lui restera plus que son miroir pour l’écouter sans grimacer. Il faut dire que notre ministre a un talent. Un talent rare. Celui de toujours prononcer ce qu’il ne faudrait pas, au moment le moins opportun, avec une assurance qui force le respect… ou plutôt l’accablement. Il parle, et c’est comme un bulldozer sans frein sur une route semée de nids-de-poule : ça cahote, ça cogne, et ça finit toujours en sortie de route. Gaalu njoobeen du teer ! Sa dernière prouesse ? En réponse à ceux qui affublent les militants de son parti du qualificatif de salafistes (dans son acception la plus explosive), il a eu cette illumination : « Ma mère est la fille du vénéré Aladji Ahmad Ndieguene. Comment pourrait-elle enfanter un salafiste ? » Voilà donc la nouvelle génétique ministérielle : une bonne mère ne peut engendrer un mauvais fils. Au-delà de l’étrange biologie qu’il nous propose, le message est limpide : si vous êtes salafiste, c’est que votre mère a raté son coup. Un bel hommage aux valeurs familiales… mais un petit scandale pour la communauté salafiste du Sénégal, qui appréciera sûrement d’être reléguée au rang d’« erreur maternelle ». Bon Xataraayu ! Mais ce n’est pas la première fois que notre ministre brille par sa finesse oratoire. Rappelez-vous : en pleine euphorie post-électorale, il a jugé bon de rappeler aux promoteurs de lutte que l’État ne sponsoriserait plus leurs combats. « Ces spectacles archaïques ne sont pas notre priorité », aurait-il presque soufflé en filigrane. Un avis respectable… sauf que personne ne lui avait rien demandé. On l’imagine, la bouche en cœur, expliquant aux lutteurs que désormais, ils devront se contenter de l’amour du public et de la sueur du mbapatt. Ainsi, il a réussi un exploit : unir toute une industrie contre lui, du promoteur de l’arène nationale au dernier batteur de tam-tam du village. Et puis, il y a eu l’épisode de Touba. Là encore, il voulait faire une démonstration, prouver que son parti n’a jamais cherché à séduire les autorités religieuses de la ville sainte. Il aurait pu le dire calmement, avec intelligence, en finesse. Mais non, c’était mal le connaître. « Moi, avant l’élection, je n’avais jamais mis les pieds à Touba ! » a-t-il fanfaronné avec sa verve habituelle. Ah bon ? Donc, en plus de ne pas séduire, vous n’avez même pas daigné faire acte de présence ? Voilà qui est habile. Si l’objectif était de convaincre que les nouveaux dirigeants n’ont aucun lien avec Touba, mission accomplie. Ce ministre est un homme de convictions, certes, mais surtout un homme de convictions mal formulées. Un artiste du faux pas verbal. Un virtuose du mauvais timing. On lui a conseillé d’apprendre à parler sans heurter. Mais, visiblement, heurter est chez lui un talent inné, son mode d’expression naturel. À ce rythme, il ne lui restera bientôt plus que son miroir pour l’écouter sans grimacer.