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Perspectives

Les deux alternances, ce que nous refusons de voir

Une société préfère le camp à la nuance, confondant loyauté au chef et loyauté au peuple. Le plus inquiétant n'est pas que les leaders changent, mais que les dynamiques de domination et de violence systémique demeurent, malgré les promesses de rupture.

Aminata Dia, Seneplusven. 5 juin 20262min de lecture
Les deux alternances, ce que nous refusons de voir

Je reprends ma plume aujourd'hui avec un sentiment étrange. Un mélange de déjà-vu et de vertige. Comme si l'histoire se répétait, mais que nous refusions encore de la reconnaître.

En 2012, le Sénégal respirait. Je me souviens des rues, des cris, des espoirs. Je me souviens de cette jeunesse qui refusait, qui contestait, qui rêvait. Je me souviens de cette promesse. Une promesse simple : plus jamais ça.

En 2021, j'écrivais une lettre ouverte au Président Macky Sall. Les mots me brûlaient les doigts. Je lui rappelais qu'il était président en partie grâce à l'engagement de Y en a Marre, grâce aux jeunes sénégalais et sénégalaises qui étaient descendus dans la rue pour dire stop et que certains d'entre eux étaient morts pour que lui puisse accéder à la magistrature suprême. Je lui rappelais que Jeune Afrique titrait le 24 juin 2011 : « Sénégal : les émeutes à Dakar ont fait 102 blessés dont 13 policiers » et le 3 février 2012 : « Sénégal : Podor pleure ses morts après la répression d'une manifestation du M23 ». Je lui disais : « Aujourd'hui, vous marchez sur les pas de votre prédécesseur. » Je pensais écrire sur une fin de cycle. Je n'avais pas encore compris que j'écrivais sur un mécanisme. Aujourd'hui, une nouvelle alternance a eu lieu. Une nouvelle promesse. Un nouveau souffle. Et pourtant.

Discussion

« Après chaque alternance politique en Afrique, pourquoi les mêmes dynamiques de loyauté aveugle au chef et de rejet de la nuance persistent-elles, malgré les changements de visages au pouvoir ? »