Abdoulaye Wade à 100 ans, entre mémoire et histoire
Malgré l'unanimité des hommages officiels pour le centenaire d'Abdoulaye Wade, qui tendent à en faire un symbole consensuel, son héritage mêle grandes réalisations démocratiques et zones d'ombre comme l'opportunisme politique ou les dérives hyperprésidentielles. L'article appelle à une mémoire historique lucide, refusant l'hagiographie sélective.

La mémoire sélectionne. La politique magnifie. Pourtant, on doit restituer la vérité historique. Pourquoi cette volonté soudaine de consensus autour d'une personnalité qui fut pourtant l'une des plus clivantes de notre histoire ?
Le centenaire de la naissance d'Abdoulaye Wade donne lieu à une impressionnante unanimité. Hommages officiels, témoignages élogieux, déclarations admiratives : des compagnons de route aux anciens adversaires, chacun semble vouloir célébrer celui qui fut pendant près d'un demi-siècle l'une des figures majeures de la vie politique sénégalaise.
Cette reconnaissance n'est pas usurpée.
Peu d'hommes politiques auront autant marqué l'histoire contemporaine du Sénégal. Pendant plusieurs décennies, Wade a incarné la contestation du pouvoir établi, la revendication du pluralisme politique et l'espoir de l'alternance. Emprisonné à plusieurs reprises, souvent marginalisé, parfois contraint à l'exil, il n'a jamais abandonné son projet de « Sopi », ce changement qu'il promettait aux Sénégalais.
Son accession à la présidence en 2000 constitue un tournant majeur de notre histoire politique. Elle marque la première alternance démocratique au sommet de l'État et ouvre une nouvelle séquence politique.
Face aux hommages officiels qui transforment Abdoulaye Wade en icône consensuelle, la mémoire collective africaine doit-elle choisir entre l'oubli de ses zones d'ombre et le risque d'un récit national fragmenté ?
