La diaspora qui n'arrive jamais : pourquoi tant des nôtres traversent l'océan sans jamais toucher l'autre rive
Cet article explore pourquoi de nombreux membres de la diaspora vivent en France sans jamais s'y intégrer économiquement, investissant uniquement au pays et cherchant un salaire plutôt que la propriété, héritage d'un conditionnement historique plutôt qu'un défaut inné.
Il existe une figure que l'on croise partout dans la diaspora — à Paris, à Montréal, dans le Bronx. Il est parti depuis quinze ans. Il travaille dur, plus dur que la plupart. Il envoie de l'argent au pays chaque mois, sans jamais faillir. Il connaît le prix d'un billet pour Dakar à chaque saison. Il peut vous dire, au franc près, ce que coûte une maison à Yoff ou un étage à Keur Massar. Et si vous l'interrogez sur le pays où il vit réellement — sa fiscalité, ses aides à l'entreprise, son système de crédit, la manière dont un contrat s'y exécute, le nom de son élu local — il se tait. Non par bêtise. Mais parce qu'après quinze ans, il ne lui est jamais venu à l'esprit que ce pays-là pouvait être à lui, à comprendre, à conquérir.
Il habite la France. Mais il n'est jamais arrivé en France. Il a traversé l'océan et il est resté sur le bateau.
Je veux réfléchir à cela avec soin, car il serait facile d'en faire une insulte, et une insulte n'explique rien. Le phénomène est réel — la plupart d'entre nous l'ont vu, beaucoup en ont vécu une version — mais ce n'est pas un défaut gravé dans l'âme africaine. C'est le dépôt de l'histoire : la manière dont on nous a envoyés, ce qu'on nous a dit que réussir voulait dire, et des peurs que l'on nomme rarement à voix haute. Pour changer un schéma, il faut d'abord le voir clairement — sans le flatter et sans le mépriser.
Commençons par l'argent, car l'argent dit la vérité.
Pourquoi est-ce que tant d'entre nous, en diaspora, continuent de vivre comme des passagers en transit, refusant de poser les deux pieds sur la terre d'accueil, alors même que nous y bâtissons nos vies ?