Sénégal
Sunulife · mer. 3 juin 2026 · 2 min de lecture
Cohabitation au Sénégal : entre droit constitutionnel et nécessité politique

En bref
Quand la lettre de la Constitution rencontre l'esprit du jeu politique sénégalais. Derrière les déclarations de Maïmouna Ndour Fall se cache une question bien plus profonde : celle de l'équilibre des pouvoirs dans notre République.
Maïmouna Ndour Fall a invoqué l'article 43 de notre Constitution pour rappeler que le Premier ministre et le gouvernement sont nommés par le Président de la République. Juridiquement, elle a raison. Mais réduire la cohabitation à un simple article, c'est oublier que la politique sénégalaise, comme toute politique africaine mature, se joue aussi dans les interstices du texte. L'article 43 ne ment pas : il confère au chef de l'État le pouvoir de nommer. Mais ce pouvoir, dans une configuration de cohabitation, devient un outil de négociation, non de domination. Le Président doit composer avec une majorité parlementaire qui ne lui est pas acquise. La Constitution ne dit pas comment gouverner quand l'Assemblée nationale vous est hostile ; elle laisse cela à la sagesse politique. Au Sénégal, nous avons l'habitude de ces tensions créatrices. Depuis 2000, notre démocratie a appris à conjuguer textes et réalités. La cohabitation n'est pas un vide juridique ; elle est un espace politique où se forgent des compromis, où les institutions vivent vraiment. Alors, plutôt que de brandir l'article 43 comme un bouclier, il serait plus utile de se demander comment nos institutions peuvent s'adapter à une situation que les pères de la Constitution n'avaient pas prévue dans le détail. La cohabitation ne s'écrit pas dans les textes ; elle se construit dans le dialogue. Ce débat est le signe que notre démocratie est vivante, qu'elle cherche son équilibre. Et c'est une bonne nouvelle pour le Sénégal et pour l'Afrique.



