La deuxième génération qui ne rentre pas : sur ceux qui sont nés ici sans être tout à fait d'ici
Nés en France d’origine sénégalaise, ils naviguent entre deux identités : trop sénégalais pour être pleinement français, trop français pour être vraiment acceptés au Sénégal. Cette deuxième génération invente sa propre place dans l’entre-deux, héritant d’un récit de migration sans avoir connu le départ.
Ils sont nés à Montreuil, à Saint-Denis, à Aubervilliers. Leur premier mot était peut-être en wolof, mais leur première dictée était en français. Ils connaissent les couplets de la Marseillaise et les chansons que leur mère fredonnait en cuisinant le thiéboudienne du dimanche. Ils sont français — l'état civil le dit, le passeport le confirme, l'accent ne laisse aucun doute. Et pourtant.
Et pourtant, il y a ce moment. Le contrôle d'identité de trop. La question « mais tu viens d'où, vraiment ? » posée par un collègue bien intentionné. Le regard, dans le village du père, qui les désigne aussitôt comme le Français, la Française — eux qui se croyaient enfin rentrés chez eux. La deuxième génération vit dans cet interstice : trop sénégalaise pour être pleinement reconnue française, trop française pour être pleinement accueillie sénégalaise. Elle ne rentre nulle part. C'est là, précisément, sa condition.
La première génération savait pourquoi elle était là. Elle avait quitté quelque chose, traversé quelque chose, et chaque sacrifice avait un sens parce qu'il s'inscrivait dans un récit clair : partir pour que les enfants aient mieux. Les enfants, eux, n'ont rien quitté. Ils héritent du récit sans avoir vécu le départ. Ils portent une nostalgie pour un pays qu'ils ne connaissent souvent que par les vacances d'été, par les récits, par l'odeur d'une valise qu'on remplit de cadeaux avant chaque voyage.
« Nés ici sans être tout à fait d'ici : l’entre-deux identitaire est-il une force créatrice ou une fragilité pour la diaspora africaine ? »