De Dakar à Castel Volturno : sur la diaspora qu'on regarde le moins, et qui paie le plus cher
L'article décrit la diaspora sénégalaise à Castel Volturno, en Italie, où elle subit le caporalato, un système d'exploitation agricole sans papiers ni recours, contrairement aux diasporas plus reconnues en France ou au Canada. Malgré cette dureté et cet oubli, la communauté maintient sa dignité et s'organise.

Il y a une Italie que les brochures ne montrent pas. Elle commence là où finit la carte postale, sur cette bande côtière au nord de Naples où les immeubles inachevés des années de spéculation servent aujourd'hui d'abris à une population venue d'Afrique de l'Ouest. Castel Volturno. Le nom ne dit rien au touriste. Il dit tout à celui qui y a vécu, ou qui connaît quelqu'un qui y a échoué après la traversée. Ici vivent des Sénégalais, des Ghanéens, des Nigérians, des Ivoiriens — une diaspora qui n'a pas choisi l'Italie comme destination de prestige, mais comme la porte qui s'est ouverte, ou plutôt comme celle qui n'était pas tout à fait fermée.
La diaspora sénégalaise a ses récits dorés. Paris, ses lumières et ses institutions. Le Canada, sa promesse d'accueil organisé. New York, son mythe. L'Italie n'a pas de mythe. Elle a le travail des champs, le soleil qui brûle, et un système qui a un nom : le caporalato.
Pourquoi, dans l'imaginaire collectif africain, la diaspora en Europe est souvent idéalisée, alors que des travailleurs comme ceux de Castel Volturno paient le prix fort dans l'ombre des champs italiens ?
